I, WENENNEFER / MOI, OUNENNÉFER
Clothes make the man.
L’habit fait le moine.
Tapuscrit...
Elizabeth Frood – The stories ancient Egyptian people told about themselves have been my career, ranging from tiny micro-stories to complex, poetic autobiographies integrated into tombs and incised on statue bodies. I focus in the age of Ramses the Great and his successors. Autobiography is different to how we conceive it in modern Western storytelling. So, for ancient Egyptian elites, it was a way to present their perfect self and the story of their good life to an educated public that might hear it performed at their funeral perhaps or when the statue was dedicated and it tells of their ideal actions in the world.
This statue of a man named Wenennefer, now in the Louvre, is important for thinking about how statue bodies stage performances. He was a high priest of Osiris at the site of Abydos in Upper Egypt, where the statue comes from. Its exceptional pillar-form relates closely to the content of the autobiography inscribed on its rear surface.
In the first stanza, the first column, Wenennefer greets the god, bringing him in into the architectural space his whole body upholds: “welcome, welcome victorious king who cleaves the sky with his plumes”. The whole autobiography is staged as a recitation before Osiris. Each following stanza describes his role in adorning the god, and his actions to defend him from harm: “I brought the wreath of triumph and transfigured the god with it… Firm of fingers when binding the diadem… And overthrowing the one who rebelled “.
The final stanza instead describes his own body, turning Osiris’s transfiguration into his own. He speaks of being wrapped in bright red cloth, a substance of sunrise and rebirth. The emphasis on regalia and wrapping resonates with the treatment of the statue’s body, bound in text, and items of adornment: the bracelet, the Panther skin. These elements combine with the density and large scale of the texts to effect an intensely elaborate and adorned bodily surface.
So, there is an imagining of your life as something very exceptional where you engaged in performances and actions and events that raised you above everybody else. And it’s not so different from how we might understand obituaries or epitaphs in churchyards. Nowadays it maybe resonates a bit with that type of context. I feel I might begin to understand who and how this ‘I’ of statue and self was and is present in the world. Maybe my storytelling can bring him a little to life.
03 min 41 sFrood_transcript
Transcript...
Elizabeth Frood – Les histoires que les anciens Égyptiens racontaient sur eux-mêmes sont au cœur de mes recherches, allant de minuscules micro-récits à de complexes et poétiques autobiographies incluses dans des tombes ou gravées sur les corps des statues. Je travaille surtout sur l’époque de Ramsès le Grand et de ses successeurs. La notion d’autobiographie y est différente de la conception moderne de l’autobiographie en Occident. Pour l’élite de l’Égypte ancienne, c’était un moyen de présenter leur moi idéal et le récit de leur bonne vie à un public instruit, qui l’écoutait par exemple lors des funérailles, ou lors de la consécration de la tombe ou de la statue, racontant les actions idéales de l’élite dans le monde.
Cette statue est celle d’un homme nommé Ounennéfer, aujourd’hui au Louvre ; elle permet de réfléchir à la manière dont le corps des statues montre des actions. C’était un grand prêtre d’Osiris à Abydos, en Haute-Égypte, d’où la statue provient. Sa forme exceptionnelle, en pilier, est étroitement liée au contenu de l’autobiographie gravée sur la face arrière.
Dans la première strophe (première colonne) Ounennéfer salue le dieu et l’accueille dans l’espace architectural délimité par son corps : « Bienvenue, bienvenue, roi victorieux qui fend le ciel de ses plumes ». Toute l’autobiographie est présentée comme une déclamation devant Osiris. Chaque strophe décrit ensuite son office quand il pare le dieu et ses actions pour le protéger du danger : « J’ai apporté la couronne de triomphe et j’ai transfiguré le dieu avec… Ferme de mes doigts en nouant le diadème… Renversant celui qui s’était rebellé ».
La strophe finale décrit plutôt son propre corps, et fait de la transformation d’Osiris la sienne. Il dit qu’il est enveloppé dans un tissu rouge éclatant, qui incarne l’aube et la renaissance. L’accent mis sur les attributs royaux et les vêtements fait écho aux parties du corps de la statue mises en lien avec les parties du texte et les éléments de la parure, comme le bracelet et la peau de panthère. Combinés à la densité et à la grande taille du texte, ces éléments produisent une apparence corporelle extrêmement élaborée et décorée.
Tout cela est une manière de donner à voir sa vie comme absolument exceptionnelle, où l’on a accompli des actions qui vous ont élevé au-dessus des autres. Et ce n’est pas si différent de ce que nous voyons dans nos nécrologies ou les épitaphes de nos cimetières. Lesquelles font aujourd’hui un peu écho à ce type de contexte. J’ai le sentiment de commencer à comprendre qui était et le « je » de la statue et la façon dont son personnage s’incarne. Cette histoire lui redonnera peut-être un peu vie.
03 min 41 s
Elizabeth Frood is Associate Professor of Egyptology in the Faculty of Asian and Middle Eastern Studies, University of Oxford, and Fellow of St Cross College. She writes on many aspects of ancient Egyptian social life, self-presentation and lived experience, including temple graffiti and autobiography.
Elizabeth Frood est professeur associée d’égyptologie à la faculté d’études sur l’Asie et le Moyen-Orient de l’université d’Oxford et Fellow au St Cross College. Ses écrits portent sur de nombreux aspects de la vie sociale dans l’Égypte ancienne, la présentation de soi et l’expérience vécue, y compris via les graffiti et l’autobiographie.
Our special thanks to Chloé Ragazzoli (EHÉSS) and Angela McDonald (University of Glasgow).
Tous nos remerciements à Chloé Ragazzoli (EHÉSS) et Angela McDonald (University of Glasgow).