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Les romans-photos

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Par Jean-François Dars & Anne Papillault

photo André Kertész

ENTRE DEUX LUMIÈRES / BETWEEN TWO LIGHTS

De Platon à l’anti-soi-même, à la lumière du zéro.

From Plato to the anti oneself, in the light of zero

Michel Cassé
15 Avr, 2015
Tapuscrit...

Michel Cassé – J’aimerais évoquer une analogie peut-être un peu audacieuse entre Platon et l’antimatière, plus exactement l’androgyne platonicien, qui est présenté par Aristophane dans le Banquet de Platon, et le couple antagoniste et mortel, matière et antimatière. Maintenant, dire que Platon a inventé la mécanique quantique, je n’irais pas jusque-là, bien que ! Les atomes géométriques de Platon sont remarquables ! Quand il dit que la Nature est faite de triangles et que le nombre de triangles se conserve, quand l’eau devient feu, c’est quelque chose de très frappant, puisque, pour nous, ce qui se conserve, ce sont les nombres quantiques, donc Platon a eu une intuition extraordinaire, mais ça n’était pas dans le Banquet ! C’était dans le Timée. Donc Platon, dans le Banquet, met en scène, non pas une dispute mais une succession de présentations sur, en gros, l’origine du monde et de l’amour, Aristophane prend la parole et conte, justement, ce qu’on pourrait appeler un mythe, qui est le mythe de l’androgyne platonicien, et selon ce mythe les êtres naissaient doubles, portant les deux polarités, masculine et féminine, et ils étaient parfaits ! Zeus, le roi des Dieux, ou le Dieu des Dieux, s’en est offusqué et a demandé à Arès, le Dieu de la guerre, de le les couper en deux, ce qui fut fait, peut-être sans effusion de sang, mais ils furent séparés, les deux entités n’eurent de cesse qu’à se réunir et ce désir de réunion et de neutralisation est ce qu’on peut appeler la théorie de l’amour. Et quand ils se rejoignaient, ils étaient dans l’extase. Ou dans une forme d’illumination.

L’analogie que je serais tenté de faire est celle de la matière et de l’antimatière créée à partir de la lumière. Ou de l’énergie pure. La lumière est une forme matérielle neutre, elle n’a ni masse ni charge et donc on peut lui attribuer le signe zéro, or zéro est la somme de plus et de moins. Si j’appelle conventionnellement « plus » matière et « moins » antimatière, alors les deux formes naissent en effet du zéro, mais se retrouvant, quelque part, en un certain temps, elles redonnent le zéro en s’annihilant, et donc la matière est entre deux lumières, la lumière du commencement et la lumière de la fin. Si vous rencontrez votre anti-vous-même, vous partirez lui et vous en lumière, c’est la fin que je me souhaite. Donc, c’était un message du ciel platonicien, de l’arrière-monde…

3 minutes

Transcript...

Michel Cassé – I dare to draw an analogy between Plato and antimatter, or more exactly between the androgyny, which is presented by Aristophanes in Plato’s Banquet and the antagonistic and mutually assassin couple, matter and antimatter. Far from me the idea that Plato invented the quantum theory of fields. However the geometric atoms of Plato are remarkable: when he says that Nature is made of triangles and that the numbers of triangles of a certain kind are conserved, it’s very impressive, as for us it’s the quantum numbers that are conserved. So Plato had a great intuition but not in the Banquet, it was in Timeous. So Plato, in the Banquet, develops roughly a myth of the origin and the evolution of love. Aristophanes speaks about the Platonic Androgynous myth where the beings were born double with the two polarities, male and female, they were complete. Zeus, the king of the gods, took offence. He asked Ares, god of war, to cut them in two. This was done, maybe bloodlessly, they were separated. The two halves wanted desperately to gather and this desire of completeness, neutrality and annihilation is what we call love. And when they met, it was ecstasy and a kind of illumination. [They resumed the first state of perfection.]

The analogy which I am tempted to propose is the creation of matter and antimatter by light, [or more exactly radiation of the gamma kind (high energy), or pure energy (like at CERN)] or pure energy. Light is a neutral kind of matter, no mass [at rest, but it is never at rest] nor electric charge, with a 0 sign, but 0 is the sum of plus and minus. If, conventionally, matter is + and antimatter -, both are born from 0 but meeting somewhere, at a given moment, they return to 0 by annihilating. Thus matter stands between two lights, the one at the beginning and the one at the end. If you meet your anti yourself you both will disappear into [invisible] light, a most desirable end. This was a message from the Platonic Heaven, from the backworld… [But there is very little chance, according to the ambient theory, because antimatter, before the first second, apparently has been killed, and a tiny bit of her is created afterwards. To conclude, there is genesis in our beautiful cosmology but also murder.]

3 minutes

Astrophysicien, écrivain, directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et à l’Institut d’astrophysique de Paris (IAP-CNRS) où il s’était spécialisé en nucléosynthèse stellaire, Michel Cassé chevauche sans trembler les territoires apparemment antinomiques de la physique quantique et de la philosophie platonicienne pour en faire surgir les intuitions poétiques que recèle la pensée scientifique.

The astrophysicist Michel Cassé was « directeur de recherche »  (Commissariat à l’Energie Atomique), and is now a writer. He specialized in stellar nucleosynthesis and boldly rides through the seemingly incompatible landscapes of quantum physics and Platonic philosophy. A way to bring up the poetical intuitions contained in the scientific thought.