NESTOR présente

Les romans-photos

de la recherche !

Par Jean-François Dars & Anne Papillault

photo André Kertész

CLAUDINE 16 / CLAUDIN 16

Le gène, le rein et la dent.

The gene, the tooth and the kidney.

Catherine Chaussain
18 Jan, 2021
Tapuscrit...

Catherine Chaussain – J’ai toujours eu une passion absolue pour la biologie, ça a toujours été mon truc. Quand j’étais petite, j’attrapais toutes les souris qui passaient, toutes les bestioles qui passaient, je découpais tout, je les mettais sous un microscope, je crois que j’ai eu un microscope à sept ans ! Et puis je faisais tout bouillir, je faisais des squelettes, enfin bon, bref j’ai toujours adoré ça. Et… et donc j’ai fait dentiste et en même temps j’ai fait des études de sciences, et puis à… à trente-sept ans je me suis dit, il me manque quelque chose, et je suis partie un an en post-doc, aux États-Unis, à Chicago, et en rentrant j’ai pris la direction de ce laboratoire, et j’ai quand même beaucoup développé la thématique, le lien
entre finalement le squelette, les dents et les maladies rares. Parce que quand vous avez des maladies rares qui atteignent le squelette, les dents sont, ben, nécessairement impactées et pas belles et donc montrer cette corrélation entre le squelette, les dents et ces maladies rares, comme l’ostéogenèse imparfaite, la maladie des os de verre, ou les rachitismes génétiques, eh bien ça a été vraiment le cœur de mon travail. Et puis un jour, y a six, sept ans, y a un chercheur américain qui a découvert en même temps qu’un groupement de chercheurs européens, un nouveau gène, parce qu’on a toujours su qu’il y avait un… un lien entre le rein et la minéralisation de la dent ; et en particulier du magnifique tissu qui recouvre la dent qui s’appelle l’émail, ce qui fait que vous pouvez sourire, croquer, parce que c’est un tissu très dur, et ils ont découvert des mutations, plein de mutations sur ce gène, qui donnaient ces pathologies, où on avait un problème au niveau de l’émail dentaire, voire une absence complète d’émail dentaire, ce qui est embêtant, et des calcifications du parenchyme rénal.
Bon, donc j’étais de consultation à l’hôpital, un mercredi comme un autre, avec tous mes petits internes maladies rares, et je vois arriver une charmante jeune fille qui venait du Congo, et qui me dit : « Écoutez Madame, je suis très malheureuse, j’ai pas d’émail sur mes dents… » Je regarde ses dents et
effectivement elle avait ce qu’on appelle une amélogénèse imparfaite, c’est-à-dire une absence totale d’émail. Bon… Et je lui dis : « Est-ce que vous n’avez que ce problème ou est-ce que vous avez d’autres problèmes au niveau de… de votre corps ? » Et elle me dit : « Ben oui, j’ai un problème au niveau du rein, mon rein se minéralise tout seul, il se calcifie tout seul… » Ah… Alors là, très fière de moi, je cherche tous mes petits internes et je leur dis : « Voilà une patiente qui a probablement une mutation sur ce nouveau gène qui vient d’être rapporté, qui s’appelle FAM… » Alors FAM pas comme femme, mais F, A, M… Donc je leur dis : « Ben voilà probablement ma première patiente FAM, parce que c’est assez rare, donc c’est la première que je vois avec ce problème d’émail et ce problème de rein… » Et elle me dit : « Ben, je suis suivie par une néphrologue à Robert Debré, si vous voulez appelez-la ! » Donc j’appelle la néphrologue à Robert Debré, qui me dit : « Ah mais non, pas du tout, c’est pas du tout le gène FAM, c’est un autre gène qui s’appelle Claudine ! » Alors entre les FAM et les Claudines… C’est des protéines qui servent à serrer, ce qu’on appelle des jonctions serrées, qui servent en fait à tenir les cellules entre elles, et en fait, ben, une mutation sur cette Claudine était connue pour donner des calcifications rénales. Donc je lui dis : « Mais, vous avez beaucoup de patients ? » – Oh, » elle me dit, « y a une petite vingtaine de patients en France… » Mais je dis : « Mais vous avez déjà regardé les dents ? » Elle me dit : « Jamais ! » Bon… Okay… Je vois les autres patients, je réussis à en voir cinq
ou six, ils avaient tous effectivement des anomalies au niveau de l’émail, hein, ils avaient tous des lésions plus ou moins sévères sur toutes les dents, et là je me dis, il doit quand même y avoir un truc ! Et ça avait jamais été rapporté ! Donc je me dis, je vais regarder si dans la littérature y a quelqu’un qui a fabriqué une souris ! Et je trouve un néphrologue qui a fabriqué la souris, chez qui ce gène, Claudine 16, est absent ! Je regarde sur Internet, je trouve son numéro de téléphone, à la Charité, à Berlin, et il me dit : « Ben oui, j’ai la souris, mais j’ai jamais pensé à regarder les dents ! Mais si vous voulez, je vous en envoie, et dans trois jours vous recevez les dents… les souris… » Ben je dis : « Génial ! » Donc on reçoit trois couples de souris, toutes mignonnes, qui arrivent toutes frétillantes, et on voit qu’elles ont les dents complètement cassées… Toute mon
équipe s’est mise à travailler dessus, et on a mis en évidence le lien, finalement, entre les dents, le rein, et on a montré que ce gène Claudine 16 était à la fois exprimé dans le rein et aussi dans la dent. Et ça a été une de mes plus belles découvertes.
4 min 19 s

Transcript...

Catherine Chaussain – I have always had an absolute passion for biology, it has always been my thing. When I was little, I used to catch all the mice that I came across and all the bugs that went by. I would cut them all up and put them under the microscope, I think that I had a microscope when I was seven years old! And then I used to boil everything up and make skeletons so yes, this is something I have always adored. And subsequently I studied to be a dentist while at the same time studying science and then when I was thirty-seven I said to myself, I’m missing something, and I left for a year’s post-doc in the United States at Chicago. When I got back, I took on the leadership of this laboratory and I managed greatly to progress this theme, the link between the skeleton, teeth and rare diseases. Because when you have rare diseases that attack the skeleton, teeth are bound to be impacted and unsightly and therefore to show the correlation between the skeleton and teeth and rare diseases like osteogenesis imperfecta, brittle bone disease or genetic rickets. Now this has really been the heart of my work. And then one day, six or seven years ago, an American researcher discovered at the same time as a group of European researchers a new gene, we always knew that there would be one… a link between the kidney and the mineralisation of teeth. This is what in particular gives the wonderful tissue that covers the tooth called enamel, that lets you smile and bite because it is a very hard tissue. They discovered mutations, many mutations of this gene that gave pathologies where there was a problem at the level of tooth enamel, perhaps a complete absence of tooth enamel that is problematic, and calcifications of the renal parenchyma.
OK, so I was consulting at the hospital one Wednesday like any other on all my little rare diseases residents and in comes a charming young girl from the Congo who says to me: “Please Madam, I am very distressed, I have no enamel on my teeth…”. I have a look at her teeth and yes, she has what we call an amelogenesis imperfecta, that is to say a total absence of enamel. OK… and I ask: “Do you have only the one problem or do you have other problems in other parts of your body?” And she replies: “Well yes, I have a kidney problem, my kidney mineralises all the time, it gets calcified…” . Aha… now I was very proud of myself and I found all my little interns and I told them: “Voila! A patient who probably has a mutation on this new gene that has just been announced that is called FAM…” That is to say FAM, not like the French for ‘female’ but F, A, M… So I tell them: “That is probably my first patient with FAM because it is quite rare so it is the first that I have seen with this problem of enamel and kidney disfunction…” And she interjects: “Well I am followed by a nephrologist at Robert Debré so why don’t you call her?” So I call the nephrologist at Robert Debré who tells me: “Oh no, not at all, it’s not the FAM gene, It’s another gene that is called Claudin!” Now between the FAM genes and the Claudins… These are proteins whose function is to bind, called binding junctions, that do indeed bind cells to one another. And in fact a mutation on this Claudin was known to give renal calcification. So I ask her: “But do you have many patients?” “Oh”, she replies, “twenty or so patients in France.” My question is: “And have you looked at their teeth yet?” and her response: “No, never!”. OK…So I see the other patients, I manage to examine five or six and all do indeed have anomalies in their tooth enamel and I tell myself this really must be significant! And it has never been reported! So I decided to look in the literature and see if anyone has made a mouse. And I find a nephrologist who has made a mouse whose Claudin-16 gene is absent! I look on the internet, find his telephone number at la Charité in Berlin and he tells me: “Yes, I have the mouse but I never thought to look at the teeth! But if you like, I can send you some and in three days you will have the mice…”. Well I say: That’s fantastic!” So I get three mouse couples, very sweet, who arrive all wriggling and I see that they have teeth that are completely broken…All my team got to work on this and we found the link, finally, between the teeth and the kidney and we showed that this Claudin 16-gene was expressed in both the kidneys and also in the teeth. This has been one of my most thrilling discoveries.
4 min 19 s
Translated by Adrian Travis

Chirurgien-dentiste et biologiste, le professeur Catherine Chaussain dirige à l’UFR d’Odontologie d’Université de Paris le laboratoire Pathologies, imagerie et biothérapies orofaciales, axé sur les maladies rares et les process réparateurs, tout en poursuivant ses activités cliniques au sein du service d’odontologie de l’hôpital Bretonneau (APHP).

Surgeon-dentist and biologist, Professor Catherine Chaussain is Head of the Pathologies, Imagery and Orofacial Biotherapies laboratory of the University of Paris’ Odontology UFR, where she aims at restorative processes and rare diseases, whilst continuing her clinical activities in the Dentistry Department of the Bretonneau Hospital (APHP).

Tous nos remerciements à Madame Bah et à sa fille Aoua.

Our special thanks to Mrs. Bah and to her daughter Aoua.