NESTOR présente

Les romans-photos

de la recherche !

Par Jean-François Dars & Anne Papillault

photo André Kertész

MÊME PAS PEUR / AIN’T SCARED

Jeunesse et recherche, entre appréhension et séduction.

Research viewed by the young ones, between apprehension and seduction

Michèle Leduc
24 Fév, 2012
Tapuscrit...

Michèle Leduc – Ma discipline c’est la physique quantique, et j’ai fait toute ma vie des expériences, donc j’aime bien faire marcher des appareils, j’adore les lasers, j’aime bien faire des expériences qui démontrent des propriétés qu’on a prédites et qui sont souvent inattendues… Et j’ai, depuis une vingtaine d’années, travaillé dans le domaine des atomes froids.

Alors quand je, quand je reçois des jeunes, qui sont un peu en attente et qui savent pas très bien comment se diriger, je commence par essayer des les décourager de faire de la recherche en leur disant que c’est un métier très difficile, pour percer, et puis surtout très difficile pour l’ego, parce que on est toujours confronté avec les gens les plus malins du monde, on est en compétition avec le monde entier, et on n’est jamais le meilleur, enfin c’est très rare, et donc on n’a pas la satisfaction de se dire que on domine quelque chose, on domine jamais, et on est toujours confronté à ses insuffisances… Mais dans un deuxième temps, je leur dis aussi que c’est, pour moi, le plus beau des métiers, qui s’apparente à un métier d’artiste ! Je crois aussi que un chercheur mène une vie assez abstraite et assez austère, finalement, mais le piano a une bonne fonction, c’est de laver le cerveau, et de détendre. L’activité du piano nécessite aussi beaucoup de concentration, mais du coup elle exclut la concentration sur autre chose, donc elle permet de passer une étape ! On se défatigue en se fatiguant autrement !

public, aujourd’hui, est de plus en plus sceptique, dans la mesure où il se sent de mieux en mieux informé, et ça, ça tient je pense essentiellement à Internet, y regardent à chaque instant Wikipédia et que y s’informent comme ça eux-mêmes… En fait, y a beaucoup, maintenant, de nos jours, des idées qui sont des opinions qui sont mises en parallèle avec des vérités bien établies. En optique, vous avez les gens qui ne croient pas à la mécanique quantique, vous avez ceux qui ne croient pas à la relativité et qui pensent que parce que ils ont des compétences dans d’autres domaines, leur opinion sur la relativité est valable, etc.. Je pense que c’est aux scientifiques de rétablir l’équilibre entre des vérités qui sont bien établies par des expériences, des théories avérées, et des simples opinions qui les contredisent…

Alors quand on va dans les classes et qu’on commence à raconter ce qu’on fait, en espérant que par l’exemple on attirera les jeunes, on a la réaction suivante : « Ah, mais c’est très bien, mais en fait, c’est pas pour moi, parce que la science c’est trop dur, je n’y arrivera jamais… » Le problème des filles est encore plus crucial que celui des jeunes en général. Elles sont bonnes au lycée, mais après le bac S, y a une très forte déperdition des filles pour les carrières scientifiques. Elles se disent que les sciences c’est aride, qu’on ne peut pas parler de sciences avec ses copines ni dans les cercles qu’elles fréquentent, et que en fait les arts ou d’autres domaines des sciences humaines et sociales sont plus faits pour elles, quoi… Il faudrait arriver à faire des clubs de sciences qui montrent aux jeunes que c’est bien quelque chose qui est pour eux, et pas seulement pour les génies ou pour les gens qu’ils connaissent pas, que ça peut les amuser, les intéresser, les passionner, et aboutir à un métier, aussi…

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Transcript...

Michèle Leduc – My field is quantum physics. I built experiments all along my carrier, I enjoy playing with instruments, I love lasers. I care for experiments demonstrating predicted properties which eventually turn unexpected… For the last twenty years my activity dealt with cold atoms.

When I listen to young students who hesitate to choose a carrier, I first try to discourage them to do research, insisting that it is hard job, difficult to get to the top, and that it is bad for your ego, you are constantly facing the smartest people in the world, you are never the best – with exception… one cannot feel like handling the situation, one never does, always facing one’s weaknesses. In a second time I tell them that research is the most wonderful job of all, like for artists. The life of a researcher is rather abstract and dry, playing piano helps to relax and brain wash. Piano requires much concentration, but on something else than work, it helps making a step out. One forgets being tired by tiring on something different.

Public opinion is increasingly skeptical. People think they are well informed basically through Internet, they get information by themselves. Actually one finds many ideas today which are presented as challenging well established truths. Some people claim they do not believe in quantum mechanics, others in relativity. They think being competent in one domain validates their opinion on others, such as relativity. Scientists have to balance between truths, well established by experiments or theories, and simple opinions which contradict these truths.

When you start talking about your scientific activity you expect your example to be attractive. What you get is “wonderful but not for me, too hard, I shall never make it” The problem is more crucial with young girls. They are good at school, but after the baccalaureate degree there is a waste of girls in scientific carriers. They think science is dry, one cannot chat on science with friends, art or humanities are more meant for them. There is a need for science clubs demonstrating to the young ones that science is meant for them, not only for genius or people they don’t know. This would show them that science can be fun, and even leading to a real job.

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Physicienne, directrice de recherche au CNRS, responsable de l’équipe « Hélium métastable ultra-froid » du laboratoire Kastler-Brossel de l’École normale supérieure, directrice de l’Institut Francilien de Recherche sur les Atomes Froids (IFRAF), directrice de la collection « Savoirs actuels » (CNRS-Éditions / EDP-Sciences), présidente du comité d’éthique du CNRS, Michèle Leduc fait miroiter les charmes et les larmes de la recherche  à une jeunesse partagée entre attirance et réticence.

Michèle Leduc is research director at CNRS, in charge of the “ultra-cold metastable team” at Laboratoire Kastler-Brossel, École normale supérieure. She is also director of the research institute for cold atoms in the Paris area (IFRAF), director of the book series “Savoirs Actuels” (CNRS-Éditions / EDP-Sciences) and president of the ethical committee of CNRS. She here promotes the attractivity and the drowbacks of research as a profession to the young ones who hesitate between being attracted and reluctant.