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Par Jean-François Dars & Anne Papillault

photo André Kertész

HUMAN VOICE / VOIX HUMAINE

A little amount of imperfection can lead to human perfection.

Un peu d’imperfection pour atteindre à la vérité humaine.

John Chowning
1 Mar, 2016
Tapuscrit...

John Chowning – La fondamentale… (musique)…D’autres harmoniques… Mais ce n’est pas une voix… Jusqu’à l’ajout de micro-modulations… (musique)… En ajoutant des micro-modulations, vibrato, synchrones avec toutes les harmoniques, l’auditeur perçoit le timbre d’une chanteuse plutôt qu’un timbre électronique. Dans la Nature, que ce soit dans le monde visuel qui nous entoure ou dans le monde sonore, la perfection n’existe pas. On trouve de ces petites différences dans les grandes cathédrales du Moyen-Âge, par exemple Notre-Dame de Paris, où l’on voit de petites différences de distance dans les portails, la largeur des portails, dont les maîtres-maçons avaient sûrement compris intuitivement l’importance pour donner une image vivante au niveau du système visuel… De même dans le son, un timbre pur sonne pour nous comme un timbre sans vie… Mais en introduisant un peu de variation, en particulier en fréquence ou en hauteur, comme notre oreille est très sensible aux variations de hauteur, nous pouvons redonner vie aux sons pour que l’oreille les écoute.

Le fait que le monde visuel et le monde auditif soient complémentaires n’a rien de surprenant, si l’on songe qu’avant l’époque moderne, nous passions la moitié de notre temps dans l’obscurité, où le système visuel n’est pas efficace, donc le système auditif est un scanner à 360° qui est à l’écoute des moindres détails, des petites imperfections du bruit de fond, par exemple dans le rugissement d’un lion qui peut être faible mais proche, le système auditif reconnaît qu’il est bien plus dangereux qu’un rugissement de lion dans le bruit ambiant, qui est puissant mais éloigné… Nos systèmes auditif et visuel ont donc ces capacités de balayage complémentaires, et dans la mesure où nous les utilisons en musique, nous rendons plus vivante la musique que produisent nos machines… Pour moi personnellement, ce fut la porte ouverte à la possibilité, sachant que je pouvais apprendre à programmer un ordinateur, de créer les nombres qui créeraient les sons dont je rêvais dans mon for intérieur musical…

L’analyse des cuivres par Jean-Claude Risset a influencé directement mes avancées en synthèse FM. Nous étions complémentaires au sens que nous avions les mêmes buts, prenant modèle sur la Nature mais dépassant la Nature au-delà de ce qu’elle peut faire par elle-même. La voix humaine est l’instrument par excellence. Ce fut certainement le premier instrument…. Lorsque j’ai commencé à utiliser les ordinateurs, on m’a dit que j’allais déshumaniser la musique. Et donc lorsque je fus capable d’associer dans un concert de chant un morceau pour voix humaines avec des sons de synthèse sans qu’on puisse les distinguer l’une de l’autre, il m’a semblé que j’avais en quelque sorte accompli ce qui était mon but à l’origine, produire des sons bien vivants, possédant les caractéristiques naturelles de la voix chantée, mais qui pouvaient se prolonger en des sons impossibles à produire naturellement. (musique)… C’est vraiment bon ! Beaucoup ont cru à l’enregistrement de vraies voix, mais tout cela a été fait grâce à ces moyens de synthèse…

04 min 48 sec

Transcript...

John Chowning – (music)… Fundamental… Other harmonics… But not a voice… Until the addition of micro-modulation… (music)… With the addition of micro-modulation, vibrato, synchronous to all harmonics, the listener perceives the tone as that of a singer rather than an electronic tone. So, in Nature, whether it’s the visual world in which we live or the auditory world, there is no perfection. We have these small differences in the great cathedrals of the Middle Ages, for example Notre-Dame de Paris, which show the small differences in distances of the portals, the width of the portals, that the master builders must have understood, in some intuitive way, were important to the liveliness of the image at the level of the visual system… And so in sound, pure tones we perceive in a way that sounds are dead… But if we introduce a small amount of variation, especially frequency, or pitch, because our ears are so sensitive to small changes in pitch, we can make sounds come alive and the ear pays attention.

The fact that the visual world and the auditory world are complementary is not surprising, considering that before modern times half of our time was spent in darkness, at which time the visual system is not effective, so the auditory system is a 360° scanner that pays attention to the small details, the small imperfections within background noise, for example of a low growl of a lion, which may be soft and close, and the auditory system knows that that is much more dangerous than the growl of a lion in the background noise, that’s loud and far… So our auditory and visual systems have these complementary scanning properties, and to the extent that we make use of them in music, we enliven the music which we produce with machines… And that was the open door, for me personally, the fact that if I knew that if I could learn to program a computer, I could produce the numbers that would produce the sounds that I imagined in my creative musical self…

Jean-Claude Risset’s analysis of brass tones had a very direct bearing upon my development of FM synthesis. So we were complementary in the sense that we shared the same goal, using Nature as a model, but extending Nature into that which cannot be done by Nature. The human voice is the instrument of instruments. It’s certainly the first musical instrument… When I began working with computers, I was told that this was the dehumanization of music. So when I was able to combine a live performance of the singing voice in the composition of voices, with synthesized sounds using the synthesized voice where the two were indistinguishable, I felt that somehow I had accomplished something which had been my original goal, which was to make sounds that were lively to the ear, had attributes of naturalness as is the singing voice, but also were extensible into sounds that we could not produce by natural means. (music)… So they are quite good! Those voices are thought by many people to be recording of real voices, but they are all done with this means of synthesis…

04 min 48 sec

A professor and founding director of the Center for Computer Research in Music and Acoustics (CCRMA) at Stanford University, John Chowning, after two early years of study in Paris with Nadia Boulanger, discovered the FM synthesis. Together with Max Mathews and Jean-Claude Risset, he worked on the first digital synthesizers that led to the famous Yamaha DX7. He also has mastered, through the introduction of micro-modulations, the synthesis of the human soprano voice.

Fondateur du Center for Computer Research in Music and Acoustics (CCRMA) à l’université de Stanford, John Chowning, après avoir étudié la composition à Paris pendant deux ans auprès de Nadia Boulanger, a découvert la synthèse de modulation de fréquence. Avec Max Mathews et Jean-Claude Risset, il a créé les premiers synthétiseurs numériques d’où est issu le fameux Yamaha DX7. Il est également parvenu, grâce à l’introduction de micro-modulations, à réaliser la synthèse de la voix humaine soprano.