NESTOR présente

Les romans-photos

de la recherche !

Par Jean-François Dars & Anne Papillault

photo André Kertész

AU PIED DU COSMOS / COSMOS CLIMBING

Le cosmos vu au millimètre.

Millimeter Cosmos

Alain Omont
12 Sep, 2016
Tapuscrit...

Alain Omont – Bon, vous sentez bien que c’est un bonheur pour moi de revenir sur ce site magique de l’observatoire du plateau de Bure, où vous voyez déployées les antennes, y en a huit maintenant, les antennes du radiotélescope NOEMA, de l’Institut international IRAM. En voyant l’âpreté et la beauté de ce site, et aussi sa fonction de passage du savoir astronomique, je ne peux pas m’empêcher de penser à cette autre montagne des Alpes du Sud, dans la Vallée des Merveilles, où les chamanes néolithiques montaient s’exposer à la foudre du ciel, de même que les astronomes ici s’approprient la connaissance du cosmos. Mais NOEMA c’est d’abord un bijou de technologie, qui lui a permis de multiplier sa sensibilité par un facteur 50 en vingt-cinq ans, vous imaginez le facteur… Et en fait il était conçu initialement pour regarder les nuage moléculaires, interstellaires, de la Voie Lactée, proches de nous, avec leur contenu de jeunes étoiles et de molécules prébiotiques, et il s’est révélé infiniment plus puissant que n’avaient rêvé ses concepteurs, puisqu’il est capable de détecter des molécules aux confins de l’Univers et à l’autre bout de l’échelle il est aussi capable d’observer des petits objets, que sont les systèmes planétaires en formation et leurs disques, relativement proches de nous. Personnellement, j’ai utilisé cet instrument depuis vingt-cinq ans, et j’ai même eu un moment le record de la molécule la plus lointaine dans l’Univers, le monoxyde de carbone, CO, à 12 milliards d’années-lumière… Bien que je sois extérieur à l’IRAM, je me sens tout à fait partie prenante de cette entreprise depuis le début, avec ses pères concepteurs, dont certains nous ont quittés, et avec toute l’équipe plus jeune qui l’a mise en œuvre et dont une bonne partie a démarré l’astrophysique avec moi à l’université de Grenoble. Tous, évidemment, plus tard, nous avons été extrêmement meurtris par le terrible accident, les terribles accidents, autour du téléphérique, qui ont coûté la vie à vingt-cinq personnes qui travaillaient pour l’observatoire.

J’ai conscience du privilège qu’a été de participer si intensément à cette période absolument unique d’exploration de l’Univers, du dernier demi-siècle, qui a vu une accumulation fabuleuse de découvertes, des quasars, du Big Bang, jusqu’aux exoplanètes et aux ondes gravitationnelles. Donc maintenant, en approchant du terme de mon aventure personnelle, il est évidemment frustrant de pas connaître la suite, et de pas savoir la réponse aux énigmes qui se dressent maintenant devant nous, avec la matière noire, la vie extraterrestre, qui rejoignent certaines énigmes de la physique, comme celle de la pleine compréhension de la mécanique quantique, dans laquelle j’ai été plongé au début de ma carrière, quand je faisais ma thèse au laboratoire Kastler-Brossel… L’exemple du siècle passé nous montre qu’il est absolument impossible d’imaginer où nous en serons simplement dans un siècle, voire dans un millénaire, et a fortiori à des temps d’échelle cosmique, comme les millions et les milliards d’années. Comment donc savoir si nous sommes voués à devenir des demi-dieux répandus dans l’immensité de l’Univers ou à disparaître rapidement ? Je reste convaincu qu’une partie des réponses à ces questions et à ces interrogations se situe ici, dans le cosmos.

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Transcript...

Alain Omont – Well, you can see how happy I am to come back to this magic site of Plateau de Bure. You can see all around the eight antennas of the NOEMA radio telescope, operated by IRAM, an international institute. Seeing the beauty but also the harshness of this site, and also how it is dedicated to the transmission of astronomical knowledge, I cannot refrain from thinking of another mountain in Southern Alps, in the Vallée des Merveilles, where Neolithic shamans climbed to the top to expose themselves to lightning, in a manner somewhat similar to how astronomers here absorb astronomical knowledge. However, NOEMA is above all a technology jewel. It succeeded in multiplying its sensitivity by an amazing factor 50 in 25 years. While it had been designed to look at nearby molecular clouds in the Milky Way and at their content of young stars and prebiotic molecules, it has proved much more powerful than in the dreams of its designers, since it can detect molecules to the edge of the Universe, and, at the other end of the cosmic scale, it can also observe nearby planetary systems in formation and their disks. I have myself used this facility for twenty five years, and for a while I have even held the record of the farthest molecule ever observed in the Universe, carbon monoxide, CO, twelve billion light years away. Although I don’t belong to IRAM, I strongly feel myself as participating in this enterprise since its beginning, especially with its designing fathers, of whom several have left us, and with the whole younger team which put it into operation, a good part of which founded the astrophysics group with me at the University of Grenoble. Of course, all of us were awfully shocked by the terrible accident, in fact the terrible cable car accidents, which cost the lives of twenty five persons working for the observatory.

I am conscious of the privilege I had in participating so deeply in this unique period of exploration of the Universe, during the last half century or so, which saw such a fabulous accumulation of astronomical discoveries from quasars and the Big Bang to exoplanets and gravitational waves. Now, while I approach the end of my personal adventure, it is of course frustrating not to know the following episodes and not to have answers to the enigmas which now stand in front of us, such as the nature of dark matter or extraterrestrial life. They meet some fundamental enigmas of physics, such as fully understanding quantum mechanics, in which I had been immersed during my PhD work at Kastler-Brossel Laboratory… The example of the past century shows that it is absolutely impossible to imagine where we will be just one century from now, and even more in one thousand years, and a fortiori at cosmic scales of millions or billions years. How could we therefore know whether we are destined to become half gods spread in the Universe, or doomed to rapidly disappear? I am convinced that some of these answers may be found here in the cosmos.

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Astrophysicien, directeur de recherche au CNRS et ancien directeur de l’Institut d’astrophysique de Paris et de l’Observatoire de Grenoble, Alain Omont s’intéresse de longue date à l’exploration des galaxies lointaines, y compris à la traque des molécules de monoxyde de carbone qui s’y ébattent parfois, principalement grâce à son outil préféré, NOEMA, réseau interférométrique de radiotélescopes millimétriques construit par l’Institut de radioastronomie millimétrique à 2 552 mètres d’altitude sur le plateau de Bure, dans les Hautes-Alpes.

Alain Omont is an astrophysicist, senior research scientist at CNRS and former director of Institut d’Astrophysique de Paris and of Grenoble Observatory. He has dedicated many years at exploring distant galaxies, especially through the observation of the carbon monoxide molecule, mainly using his favorite tool, NOEMA, an interferometric array of millimeter radio telescopes built by the Institute of Millimeter Radio Astronomy at elevation 2552 m on the Plateau de Bure, in the Southern French Alps.