NESTOR présente

Les romans-photos

de la recherche !

Par Jean-François Dars & Anne Papillault

photo André Kertész

UNE MORT NÉOLITHIQUE / A NEOLITHIC DEATH

Qui enterrait-on ?

Who was buried?

Mélie Le Roy
3 Juin, 2019
Tapuscrit...

Mélie Le Roy – Moi en fait je travaille sur les sépultures collectives de la fin du néolithique-début de l’âge du br onze, dans le Sud de la France, environ à moins 2 500, moins 2 000 av. JC. Et en ce moment, je suis en train de fouiller l’aven Janna, qui est une sépulture collective en grotte dans le Gard, on y a trouvé neuf individus inhumés à l’intérieur, six adultes, des hommes et des femmes, et trois enfants. Elle a été découverte en juin 2014 par un spéléologue allemand, Jan Sekowski. S ouvent les spéléologues, ils vadrouillent, ils grenouillent dans la garrigue, à la recherche de trous souffleurs ! Donc ils sont au ras du sol, ils cherchent des petits trous et dès qu’ils sentent un courant d’air, ils vont commencer à désobstruer, et puis ben là, si le trou s’agrandit et qu’il continue à souffler, ben là c’est parti, ils y vont et ils vont enlever tous les cailloux pour aller voir ce qu’il y a en-dessous. Donc Jan, il a trouvé un petit trou souffleur comme ça en bord de falaise, il a commencé à désobstruer le trou, il a fait une chute de deux mètres cinquante, avec un énorme caillou, et du coup il s’est retrouvé au fond du trou, et en se relevant, c’est à qu’il a vu que y avait des ossements humains, et donc il est ressorti tout de suite du trou, parce que bien sûr il était pas tout seul, donc il a pu être aidé, pour remonter les deux mètres cinquante, et là il a tout de suite appelé en fait le service régional de l’archéologie, pour conserver la découverte jusqu’à la fouille de 2017 de l’aven Janna.

Nos objectifs, c’était bien sûr de sécuriser le dépôt d’ossements humains, on n’a même pas eu à fouiller, vu qu’il était vraiment en surface, donc on a juste eu à se baisser pour ramasser les os, mais il fallait bien enregistrer leur position, leur orientation, leur phase d’apparition, pour essayer de reconstruire le dépôt funéraire et voir les modalités de l’accumulation du dépôt osseux. On relève tout en photogrammétrie, pour pouvoir refaire des restitutions en trois dimensions, et on prélève les ossements un par un, pour essayer d’identifier s’il y a des logiques anatomiques, ou encore des connexions anatomiques qui pourraient nous orienter, si les corps se sont décomposés sur place ou alors s’ils se sont décomposés dans un autre endroit, s’il n’y a pas eu des aménagements, des remaniements ou des perturbations après leur dépôt. Quand on a commencé à démonter les ossements, on a retrouvé en-dessous directement au contact des ossements, une sorte de pavage de céramique ! Pour l’instant, c’est ce qu’on pense, hein, c’est une hypothèse, ils ont sélectionné des tessons et les ont positionnés comme pour faire un carrelage, c’est quelque chose de complètement inédit dans la région, le sol avec un petit carrelage de tessons de céramique pour accueillir les morts !
À l’aven Janna, on a retrouvé des personnes qui avaient beaucoup de pathologies, qui étaient très certainement invalides de leur vivant, mais qui sont quand même enterrées comme les autres, au sein de la même structure ! Dont un cas de tuberculose. Les corps vertébraux se sont complètement effondrés, et ils se sont fusionnés, ce qui prouve que l’individu a survécu, et en fait il était bossu et ça a certainement aussi entraîné une paralysie des membres, parce que du coup, sa colonne vertébrale était complètement pliée ! Donc quelles étaient les pratiques et comment on sélectionnait les personnes qui avaient accès à la sépulture.

C’est très variable parmi les différentes cultures et les différentes populations, mais des enfants qui ne sont pas encore intégrés dans la communauté, des personnes qui sont mortes d’un accident, des personnes qui vont se suicider, ce sera considéré comme une mauvaise mort, elles n’auront pas les pratiques funéraires de la communauté. Donc là pour l’instant, par rapport aux différentes études que j’ai pu faire, je ne peux pas vous dire ce qu’était une mauvaise mort au néolithique, mais je peux vous dire que dans le Sud de la France, au néolithique final, mourir d’une longue maladie, ce n’était pas une mauvaise mort…
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Transcript...

Mélie Le Roy – What I do is to work on group tombs from the end of the Neolithic-beginning of the bronze age in the south of France approximately between 2500 and 2000 BC. And at the moment, I am excavating the Janna sink-hole which is a collective tomb in a cave in le Gard. We have found nine individuals buried inside, six adults, men and women, and three children. It was discovered in June by a German caver, Jan Sekowski. Cavers often wander around, shuffling through the scrubland in s earch of blow holes! So they are down on the ground, looking for little holes and when they feel a current of air, they begin to clear and then yes, if the hole gets bigger and the draft continues, then they are off, they get in there and remove all the rocks to see what lies underneath. Now Jan, he found a little blow hole like this in the edge of a cliff, he began to clear the hole, he dropped two and a half metres due to an enormous rock and there he found himself at the bottom of the hole and as he got up, that’s when he saw that there were human bones. So he got out of the hole straightaway because of course he wasn’t alone so he had help to get back up the two and a half metres and straightaway he called the regional archaeology service to secure the discovery until the excavation in 2017 of the Javen sink-hole.

Our objective was of course to secure the various human bones, we didn’t even need to excavate since they were just lying on the surface, so we only had to lower ourselves in and collect the bones, but we had to record carefully their position, their orientation and how they appeared in an attempt to reconstruct the funerary placement and to see the arrangement in which the bones were placed. All is recorded by photogrammetry so that it can be reconstructed in 3D and we took out the bones one by one in order to identify if there is any anatomical logic, or rather anatomic connections which could get us orientated, if the bodies had decomposed on site or if they had decomposed somewhere else, if there had been any transfers, any reorganisations or disturbances after their placement. When we began to remove the bones, we found that directly underneath in contact with the bones was a sort of ceramic paving! For the moment, what we think and hey, this is a hypothesis, is that they chose some shards and arranged them like tiles which is something completely unknown in the region, ground with a little ceramic tiled floor there to receive the dead!

We found people with many pathologies at the Janna sink hole who were most certainly invalids while alive but who were even so buried like the others, within the same structure! One is a case of tuberculosis. The vertebrae have completely collapsed and fused which proves that the individual survived and in fact he was hunch backed and this also certainly caused paralysis in his limbs because his vertebral column was completely folded! So what were the practices and how were selected people who had access to the tomb? There is great variation among different cultures and populations but children who have not yet integrated into the community, people who die by accident, those who committed suicide, such will be considered a bad death and they will not receive the funerary practices of the community. So for now, by comparison with other studies that I have done, I cannot tell you what was a bad death during the Neolithic period but I can tell you that in the south of France, at the end of the Neolithic, death from a long illness was not considered a bad death…
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Archéologue, post-doctorante au LabexMed de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme à Aix-en-Provence (MMSH), Mélie Le Roy déchiffre les comportements culturels et économiques des populations néolithiques européennes à travers les pratiques funéraires qu’elle ne cesse de traquer de grottes en dolmens.

Archaeologist, post-doctoral researcher in the LabexMed at the Mediterranean House of Human Science, Mélie Le Roy decrypts cultural and economic behaviours of European Neolithic populations through funerary practices from caves to dolmens.

Merci à / Thanks to: Johanna Recchia, Aurore Bertrand, Mathilde Cervel, Antigone Uzunidis ainsi qu’à Adrian Travis pour la traduction.