NESTOR présente

Les romans-photos

de la recherche !

Par Jean-François Dars & Anne Papillault

photo André Kertész

SOLACE / CONSOLATION

Who’s in control?

Qui est-ce qui décide ?

Thomas V. Merluzz
19 Déc, 2016
Tapuscrit...

Thomas Merluzzi – Mon travail est en relation avec comment affronter le cancer. Comment pensent les gens face à une maladie en phase terminale ou très grave, qui décide des conséquences ? Et nous avons constaté entre autres que les croyances religieuses des gens, leurs idées sur Dieu et son action, ont une énorme influence sur l’idée qu’ils se font du futur, en cas de maladie grave. Par exemple, nous avons demandé : pensez-vous que l’issue de votre maladie soit de votre responsabilité ou de celle de Dieu ? Et l’on voit que les gens sont divisés en deux grands camps : ceux qui s’estiment responsables de ce qu’il y a à faire, sont responsables des conséquences qui en résultent. L’autre grand camp répond essentiellement : c’est Dieu qui décide. Ou bien, je suis l’associé de Dieu… Et nous avons pu voir toute la puissance de cette idée : qui décide ? Ces derniers ont en fait une qualité de vie bien supérieure, ils sont moins déprimés, ils s’adaptent mieux, ils ont plus d’espoir… En d’autres termes, je ne suis pas tout seul, il y a quelqu’un d’autre qui s’en charge aussi… L’intéressant, quand on y pense, c’est cette idée que Dieu existe, que c’est un Dieu tout-puissant et qu’il intervient plus ou moins sur le cours de la maladie. C’est donc vraiment une croyance, quelque peu arbitraire, n’est-ce pas, je veux dire que les uns peuvent y croire et les autres non ! Ça n’a rien d’obligatoire ! Donc, l’idée est que ceux qui y croient réussissent mieux du point de vue de la lutte contre le cancer, je ne parle pas de longévité, s’ils vivent plus longtemps, ni de rémission, mais du fait que leur qualité de vie est bien meilleure que pour ceux qui pensent, oh, c’est de ma responsabilité ! C’est vraiment étonnant que les idées qui sont dans la tête puissent avoir un tel effet sur leur vie !

J’observe cela du point de vue des sciences sociales. Ce que font les gens de leur vie, comment ils la gèrent, comment ce concept de Dieu y joue un rôle. Certains croient effectivement en Dieu, mais pensent en plus : Dieu me demande d’être responsable de ma vie et de ses conséquences. Ça nous rappelle les Stoïciens. À la base de la philosophie stoïcienne il y a : vous êtes responsable de vos actes, vous en êtes moralement responsable de vos actes, mais le dénouement appartient au Destin, ou aux Dieux ! Et il y a un plan là-dedans ! Cela s’inscrit dans un grand plan, même si j’ignore ce qu’est ce plan !

Pourtant ce qui m’impressionne, c’est qu’il s’agit tout simplement d’idées dans les têtes des gens ! Il n’y a pas de preuves de tout ça ! Donc au fond, leur moteur là-dedans est une solide croyance, qui permet de supporter une énorme somme de douleurs et de souffrances, et s’ils peuvent la supporter c’est parce que cette croyance procure une forme de consolation… Nos recherches s’inscrivent donc dans l’idée que les croyances et les pensées sont d’une puissance exceptionnelle et nous font comprendre comment les gens peuvent naviguer dans la complexité de ce monde.

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Transcript...

Thomas Merluzzi – The work that I do has to do with coping with cancer. How do people think about a terminal illness or a serious illness, in terms of who’s in control of the outcomes. And one of the things we have found is that people’s religious beliefs, ideas about God and what God does has a huge impact on how they think about the future, when they have a serious disease. So for example, we have asked people: do you feel that the outcomes of your illness is your responsibility or God’s responsibility? And we find that there are two big camps of people: people who feel they are responsible for doing what they need to do and they are responsible for the outcomes that result from that. Another very large camp of people, basically say: God’s in control. Or: I’m a partner with God… Now, what we have found is that idea is so powerful, who’s in control… Those people actually have a much higher quality of life, they’re less depressed, they have higher coping skills, they are more hopeful… In other words, I’m not here alone doing this, someone else is taking over… What’s interesting is, when you think about that, that’s an idea that God exists, and that God is powerful, and that God has some control over the course of disease! So it’s really a belief, and to some extent rather arbitrary, isn’t it, I mean, some people can believe, then some people don’t! It’s not like required! So the idea is that those people who do believe that, actually do better on the coping side of cancer, I’m not talking about longevity, I’m not talking about whether they live longer, whether cancer goes away, but basically their quality of life is far better than those people who feel like, this is my responsibility! So it’s really an amazing thing, that ideas in one’s head can have that powerful effect on one’s life!

I’m just looking at, as a social scientist. What people do, and how they manage their lives, and how this concept of God, if you will, plays a role in that. Some people do believe in God, but also believe that God has required me to be responsible for my life and the outcomes that come from that. This harkens back to the Stoics, basically Stoic philosophy was, you are responsible for your behavior, you are morally responsible for your behavior, but outcomes are the result of Fate, or the Gods! And there’s some plan there! That will be part of a grand plan, even if I don’t know what the plan is!

What impresses me though, is that these are merely ideas and beliefs in one’s head! There’s no proof that all this happens! So it’s basically, the engine in this is a strong belief, that allows people to endure enormous amount of pain or suffering, but somehow they can endure them, because this belief provides them with some solace… So our own research follows along this idea that beliefs and thoughts and ideas are extremely powerful, and inform how people might navigate this complex world.

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A professor of Clinical Psychology at the University of Notre Dame, (Indiana) where he is in charge of the Lab for Psycho-Oncology Research, Thomas V. Merluzzi studies coping processes in people with cancer and cancer survivors, from the perspective of social learning theory and in particular, self-regulation and self-efficacy theories.

Professeur de psychologie clinique à l’université Notre Dame (Indiana), responsable du laboratoire de recherche en psycho-oncologie, Thomas V. Merluzzi étudie les processus mentaux chez les patients souffrant d’un cancer ou y ayant survécu, dans la perspective des théories d’apprentissage social et plus spécialement dans les champs de l’autorégulation et de l’auto-efficacité.