NESTOR présente

Les romans-photos

de la recherche !

Par Jean-François Dars & Anne Papillault

photo André Kertész

EGYPTIAN TATTOOS / ATOUAGES D’ÉGYPTE

Some tattoos were enough to turn a woman into an Egyptian goddess.

Quelques tatouages sacrés suffisaient à transformer une femme en déesse égyptienne.

Tapuscrit...

Anne Austin – C’est une histoire de momie. Je fais fonction d’ostéologue pour la mission de l’Institut français d’archéologie orientale à Deir el-Médina, un endroit exceptionnel, c’est le village des artisans qui creusaient et décoraient les tombes royales du Nouvel Empire. Alors que je travaillais sur un amas de restes humains mélangés, je remarquai un torse qui était encore partiellement momifié. La peau avait été si bien déshydratée par le processus de momification que ce torse était très léger et fragile. En m’installant pour prendre des notes, j’ai vu des marques sur le cou. En y regardant de plus près, j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait de tatouages. On pouvait voir des symboles comme l’œil de Wadget ou le hiéroglyphe Nefer, un signe figurant la beauté et la bonté. En m’intéressant plus précisément au reste du corps, je commençai à voir apparaître devant mes yeux des douzaines de tatouages de sous les résines de la momification.

Le directeur de recherche Cédric Gobeil a travaillé avec moi pour documenter tous les tatouages de cette momie. À l’aide d’un logiciel spécial, il a pu modifier les photos de la peau pour en faire sortir les tatouages, de manière virtuelle. Il a étiré les images comme si l’étirement rendait la vie à cette peau. Et des images précises ont commencé à apparaître. Nous vîmes par exemple un tatouage qui était deux vaches d’Hathor, se tenant côte-à-côte, avec les colliers sacrés de Menat autour du cou. Il n’y a pratiquement aucune mention de tatouages dans l’histoire de l’Égypte pharaonique. Donc en découvrant les tatouages de cette momie exceptionnelle, nous avons réalisé que leurs symboles étaient beaucoup plus que des tatouages ordinaires sur la peau. Nous avons regardé partout où ils se trouvaient sur son corps, sur ses bras, ses épaules, son cou, ils étaient placés à des endroits visibles que ne cachait pas sa robe. Et nous avons examiné ce qu’ils représentaient, c’étaient les symboles de la déesse Hathor, l’une des principales divinités de l’Égypte ancienne. Nous avons compris que cette femme entretenait une relation très proche avec le divin. Elle incarnait vraiment la déesse Hathor et le fait que ces symboles rituels soient placés le long de ses bras signifiait qu’à chaque mouvement, lors de chaque danse, elle donnait vie à la déesse, elle incarnait le divin. Lorsque son regard se portait en avant, les yeux de Wadget regardaient avec elle.

Bien que nous ayons à Deir el-Médina des textes qui nous disent tout de la vie quotidienne, nous avons assez peu d’informations sur le rôle des femmes dans la religion. Les femmes sont souvent présentées comme des chanteuses, des danseuses, et nombreux sont les anciens égyptologues à leur avoir attribué un rôle accessoire, voire passif, ne leur assignant qu’un rang mineur dans la pratique de leur religion. Mais nous voyons ici une femme qui n’avait pas besoin de titres temporels ni d’indications précisant son importance religieuse, car ils étaient inscrits sur sa peau en permanence. Après la découverte de cette momie, nous nous sommes dits : avons-nous raté quelque chose ? Peut-être ne trouvait-on pas de tatouages simplement parce qu’on n’en cherchait pas. Alors nous sommes retournés voir les restes humains de Deir el-Médina, en y regardant de plus près et lors de cette seconde visite, nous avons effectivement trouvé trois momies tatouées !

04 min 3 sec

Transcript...

Anne Austin – This is a story about a mummy. I work as the osteologist for the mission at the Institut français d’archéologie orientale à Deir el Medina, and this is a unique place, it’s the village of the workmen who cut and decorated the New Kingdom Royal tombs. Now, as I was working with a group of commingled human remains, I noticed a torso that was still partially mummified. The skin was so well dehydrated from the mummification process that the torso was very light and fragile. And when I settled down to take my notes, I saw these markings at the neck. When I looked closer, I realized these were clear tattoos. We could see symbols like the Wadjet eye or the Nefer hieroglyph, a sign representing beauty and goodness. And as I began to pay more attention to the rest of her body I began to see dozens of tattoos visually emerge from behind the resins left from mummification.

The Director of research Cédric Gobeil worked with me to document all of the tattoos on this mummy. Using special software, Cédric was able to manipulate photos of her skin in order to virtually uncover the tattoos. He stretched the images as if stretching her skin back to life. And clear images began to emerge. We realized one tattoo, for example, was two Hathor’s cows, standing across from each other, with sacred Menat necklaces of the goddess around their necks. There’s almost no evidence of tattooing in Pharaonic Egyptian history. Only three mummies found near each other and dating to the Middle Kingdom have ever shown evidence of tattoos and these are geometric patterns, so they are very difficult to understand what they mean. So as we uncovered these tattoos on this very unique mummy, we realized that their symbols were so much more than simply tattoos on her skin. We looked on wherever they were placed on her body, along her arms, her shoulders, her neck; they were put in public places that would have been highly visible in a dress. And we looked at what they represented, symbols of the goddess Hathor, one of the most important deities in ancient Egypt. We realized that this woman was closely associated with the divine. She really embodied the goddess Hathor, and placing these ritual symbols along her arms means that with every movement, every dance, she was also moving the goddess; she was also enacting the divine. As she stared forward, the divine Wadjet eyes stared with her.

Even though in Deir el Medina we get texts that tell us all about daily life, we have relatively little information about women’s role in religion. Women are often only described as chantresses or dancers and in the past many Egyptologists have interpreted these roles as either subsidiary or passive, ascribing women very little agency in the practice of their own religion. But here, we see a woman who didn’t need temporary titles, or closed indicates of religious importance, it was inscribed on her skin permanently. After we discovered this mummy, we started to think: what have we been missing? Maybe we haven’t found tattoos simply because we weren’t looking for them. So we went back and we looked at the human remains of at Deir el Medina again, with a closer eye, and the second time around, we actually found three more mummies that have tattoos!

04 min 3 sec

A bioarchaeologist and Postdoctoral Fellow at Stanford University, familiar with skulls and bones in every respect, Anne Austin has worked extensively and comprehensively on human remains in the New Kingdom’s Egyptian village of Deir el-Medina, where she was fortunate enough to spot some tattoos, widely ignored so far, on a feminine torso. Using a special stretching software together with Professor Cédric Gobeil, she was able to identify sacred images that could call into question the role of women in Ancient Egypt.

Archéothanatologue et chercheur postdoctoral à l’université de Stanford, grande spécialiste de toutes sortes d’ossements, Anne Austin s’est consacrée particulièrement à l’étude de restes humains à Deir el-Médina, un village égyptien du Nouvel Empire, où elle a repéré (un point négligé jusque-là) la présence de tatouages sur un torse féminin. En utilisant un logiciel de « stretching » particulier avec le professeur Cédric Gobeil, elle a identifié des images sacrées qui pourraient remettre en question le rôle des femmes dans l’Égypte ancienne.